PAQUES
Écrit par Michel Ruillet   
18-02-2008
Texte écrit à l’attention de la revue « Vermeil » - Mars 2005 Est-ce parce qu’elle nous fait peur ? Est-ce parce qu’on ne sait pas quoi en faire ? Est-ce pour s’en débarrasser ou pour tenter de ne plus y penser ? En tout cas pourquoi avons-nous rejeté notre mort à la fin de notre vie comme on passe à la caisse à la fin de ses courses ou comme on règle l’addition à la fin du repas au restaurant ? D’un côté nous comptons les années qui nous éloignent de notre naissance en souhaitant de joyeux anniversaires, d’un autre nous ne pouvons rien compter des années ni des jours qui nous séparent de notre mort puisque nous n’en savons rien. C’est ce grand jardin de l’inconnu qui nous a sans doute amené à faire commencer notre vie à la naissance et à la faire se terminer à la mort. Tant que nous n’aurons pas réussi à donner leur vraie place à notre naissance et à notre mort comme faisant partie de notre vie de tous les jours nous ne nous en sortirons pas avec la résurrection. La question est simple : « qu’est-ce qui nous reste quand il ne nous reste plus rien ? » Il nous restera toujours à être des humains. Même après la mort, chaque homme, chaque femme restent toujours des humains. La mort ne fait pas de nous des anges ou des fantômes. Quand j’écoute ceux qui douloureusement traversent leur deuil je suis vite convaincu que l’essentiel qui compte pour eux désormais c’est de garder « le lien », le « être ensemble » avec cet amour qui vient de disparaître.Certains le traduisent en devenant les pèlerins du cimetière, c’est désormais leur rendez-vous de la tendresse. D’autres se parlent à tout moment dans la rue ou dans leurs rêves, en se tournant vers le ciel ou en prenant le temps de la prière. D’autres encore ressentent physiquement cet être ensemble le temps d’un signal, un temps fort comme une présence. C’est comme si tout se dédoublait en chacun : l’absence et la présence, la nuit et la lumière, le doute et la foi. La résurrection n’est pas une prothèse ou une roue de secours proposée par la religion. C’est un commencement, c’est une vie nouvelle qui commence. La résurrection n’est pas un lot de consolation c’est le commencement d’un nouvel « être ensemble » qui nous fait devenir plus humain encore. La vie et la mort sont des fragilités parce que seule la fragilité est vivante. Le béton, lui, ne vit pas et l’Amour est toujours fragile. Il nous faut sans cesse retrouver « le commencement », la naissance, le début.L’amour qui s’installe n’est déjà plus de l’amour ce n’est plus qu’une habitude. La vraie « présence » c’est ce que nous sommes les uns pour les autres et cette présence là ne connaît pas de frontières, même la mort ne peut plus l’empêcher. Le corps est toujours plus que le corps. C’est tout notre corps qui est appelé à devenir un mot d’amour et quand le corps disparaît, cette présence du corps, elle, ne disparaît pas, c’est l’effacement qui devient la présence même. Celui qui est mort ne cessera jamais d’être mon prochain. Ceci n’est pas écrit dans les livres mais dans la vie. Le jour à venir, celui qu’on appelle « demain » pourrait-il se lever et devenir à son tour aujourd’hui si je n’accepte pas que le jour d’aujourd’hui s’efface de mes yeux ? Le petit enfant pourrait-il grandir s’il n’acceptait pas de mourir à son enfance ? L’adolescent pourrait-il un jour devenir adulte s’il refusait obstinément de mourir à son adolescence ? C’est d’ailleurs vrai que dans notre société présente, les adolescents de trente cinq ou quarante ans ne manquent pas ! Comment pourrait-on vivre sans vieillir et refuser de vieillir n’est-ce pas refuser de vivre ? Plus même, refuser de mourir est-ce que ce ne serait pas refuser de vivre ? La Pâque c’est ce passage là. La vie n’est pas vivante malgré la mort…Ce n’est plus la mort qui est gagnante, ce n’est plus la mort qui l’emporte, c’est la vie ! La résurrection se sert de la mort pour vivre. La mort était une fin, elle devient un commencement. Dieu n’est pas en plus, il ne s’ajoute pas, il est sur mon chemin. Comme pour les disciples d’Emmaüs Dieu est sur mon chemin, pas à côté. Il est dans mes doutes, dans mes nuits, dans mes rêves, dans mes attentes…Mais quand le Ressuscité se manifeste, on ne le reconnaît jamais d’avance, parce qu’il est toujours quelqu’un et il faudra toujours faire connaissance et créer des liens. C’est pourquoi Jésus ressuscité prend tant de soins à demander à Thomas de toucher les plaies de ses mains, les plaies de son côté. Ce sont les traces même de la mort. Jésus lui-même a tenu à passer par la mort parce qu’il a réussi à faire de la mort la porte de la vie, la porte de la naissance, la porte du commencement. Jean Debruynne Texte écrit à l’attention de la revue « Vermeil »Mars 2005.
Dernière mise à jour : ( 18-02-2008 )