| Extraits de "Ces canailles de la butte aux cailles" |
| Écrit par Administrator | |
| 25-01-2008 | |
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CES CANAILLES DE LA BUTTE AUX CAILLES - extraits - Jean DEBRUYNNE JE VOUDRAIS Je voudrais qu’on s’en aille Plus loin que nos grisailles Plus loin que le soleil Et nos maigres sommeils Plus loin que l’aperçu Et les idées reçues Bien plus loin que l’espoir Et tous les désespoirs Plus loin que nos désirs L’occasion à saisir Plus loin que les chansons Les couleurs, les frissons Que le mal et les maux Plus loin que tous les mots Je voudrais qu’on s’en aille Jusqu’à la Butte aux Cailles. Jean Debruynne
TOI PASSANT Toi passant par la Butte aux Cailles Sais-tu que pas plus tard qu’hier Nos pères étaient de la canaille Mais que nous en sommes fiers. N’oublie jamais sous ces pavés Que sont endormis de vieux rêves Tant de légendes inachevées Nées aux petits matins de fièvre Ces cicatrices au grand soleil Ce feu d’injustices en souffrance Histoires effacées en sommeil Carmagnoles entrées dans la danse Ces cris forgerons d’avenir Fusils rouillés, foules de sable L’espoir qui ne veut pas mourir Les grands coups de poing sur la table. Toi passant de la Butte aux cailles N’oublie jamais sous ces pavés Les cœurs battant dans la pierraille Et tous ces vieux espoirs crevés Tous ces mots glissés à voix basse Les nuits qui n’ont jamais fini Les massacres sur les paillasses Les malentendus, les bannis Ce gros sang brûlant dans les veines Les chansons qui rêvaient trop haut Et tous ces monuments de peines. Après les mois de mai trop chauds C’est là, sous la rue qu’ils sont morts Ecartant leurs bras de silences La liberté naît là, dehors Toujours arrivée en avance. N’oublie donc jamais la canaille En passant par la Butte aux Cailles. Jean Debruynne ICI ON EST LES MAL AIMES Ici on est les mal-aimés Tous les jetés à la poubelle On est tous des cœurs d’affamés Nos vies à nous sont des rebelles. Paris nous a mis à la porte On est interdit de séjour On est de ceux que l’on déporte Dans les ruelles, au fond des cours. Nos impasses à nous sont lugubres Il y fait sombre comme un deuil Nous sommes tous des insalubres La police nous tient à l’œil. On a du carton aux fenêtres On sent mauvais notre travail Nos enfants meurent avant de naître On est tout juste du bétail. On faisait honte aux beaux quartiers On faisait peur aux belles dames On était tous des émeutiers On avait tous perdu notre âme Perdu le droit d’être des hommes On pouvait cracher nos poumons On était bon pour les aumônes Pour leur morale et leurs sermons On nous reprochait d’être saoul D’être sur la mauvaise pente Nous autres on n’avait pas le sou Pas de gros banquiers ni de rentes On a démoli nos taudis Où voulez-vous que l’on s’en aille C’est pour cela, je vous le dis Qu’on est tous sur la Butte aux Cailles. Jean Debruynne MENANT UN NUAGE Menant un nuage à l’école J’ai rencontré sur mon chemin Deux feuilles mortes et un peu folles Qui s’inventaient des lendemains, Des jardins de peines en fleurs, Des matins du fond des caves, Du pain trop sec et sans pleur, Des pas marchant dans le grave. Deux feuilles mortes et un peu folles S’amusent à désobéir Sur les chemins de l’école En ramassant leur avenir, Elles allaient taillant la bavette Ou se taillant la part du lion Taillant leur succès en cachette Taillant la route à l’occasion. Deux feuilles mortes et un peu folles Qui s’inventent des chansons Sans musique et sans parole Au bout de la rue Sanson. Jean Debruynne J’AIME J’aime tous ces jardins Endormis sous la Butte Ces prairies de lupins Ces gros buissons hirsutes Ces grandes marguerites Inquiètes au bord des champs Ces folles clématites Naïves et l’air touchant Tous ces coquelicots Qui s’agitent et qui bougent Sortant leurs calicots Et leurs grands tapis rouges J’aime cette campagne Endormie sous les rues Ces vergers de cocagne Ces sentiers parcourus Tous ces éclats de rire Aux branches des lilas Et ces arbres à écrire Dont les mots sont tous là Ces cheveux de blé blond Ces chansons de blé noir Et ces airs de violon Poussés dans les trottoirs Et quand la nuit s’allume En haut la Butte aux Cailles Je bois du clair de lune A même la futaille. Jean Debruynne NE DITES PAS Ne dites pas « qu’il n’y a qu’à… » Ni que la vie est bien facile Ne citez pas tel ou tel cas Qui nous prend pour des imbéciles. Ne dites pas « tout va très bien » Le monde est beau, la vie gentille Avec son chat ou bien son chien Et deux trois autres pacotilles. Ne dites pas, s’il vous plaît Que la vie n’est qu’un jour de fête Que tout le monde est satisfait Que le bonheur chante à tue-tête. Mais ne dites pas davantage Que la vie n’est qu’un grand malheur Que tous nous sommes des otages Que l’homme est un souffre douleur Que tous les jours sont jours de deuil Que la misère est dévoreuse Qu’on est tous bons pour le cercueil Et que la vie n’est qu’une gueuse Que la vie n’est qu’un corbillard Qu’on est coincé dans le système Qu’on n’est pas au bout du brouillard Et qu’il n’y a que des problèmes. La vie s’en va en liberté Regardez donc la Butte aux Cailles Elle est gaie de danser l’été Mais pleut dès que l’hiver grisaille. Riez donc aux premiers bourgeons Pleurez aux temps des feuilles mortes Chantez haut si le vin est bon Mais criez si la mort l’emporte. La Butte aux Cailles est là dehors Le bonheur n’est pas dans les livres… Le plus beau désir, le plus fort C’est déjà le désir de vivre. Jean Debruynne
LE DESESPOIR C’est pas possible, on croit rêver La peau collée à ses malchances Le désespoir est arrivé Jusqu’à la rue de l’Espérance. La nuit, en traînant sur les reins Ses gros sacs à broyer du noir Sa vie de rien, sa vie de chien Toute sa vie de désespoir Avec ses violons de police Avec ses bulles à en crever Ses rêves oubliés à l’hospice Il voulait à tout prix laver Ses baluchons de linge sale Tous les malheurs de ses malchances Au vieux lavoir municipal Qui s’ouvrait rue de l’Espérance. Jean Debruynne VENEZ TOUS MES AMIS Venez tous mes amis de peine Mes compagnons des mauvais jours Les sans-le-sou, les pas-de-veine Les funambules de toujours. Venez, vous tous les pas-grand-chose Poches percées sans avenir Exclus de tout ce qu’on propose Les jours de pluie pour souvenir. Venez affamés de justice Les assoiffés des coups de cœur Les enfants nés dans les hospices Tous les vieux traîneurs de rancœur. Venez les clowns du marche ou crève Jardiniers boiteux des couleurs Tous les escaladeurs de rêves Les maniaques et les querelleurs. Venez vous autres les poètes Petits meuniers du grain des mots Vous les joueurs de trouble-fête Vous qui jouez les trouble-maux. Venez tous les pêcheurs de lune Equilibristes en fin de mois Tous les rétameurs d’infortune Dompteurs de rêves sans emploi Tous les doigts pris dans l’engrenage Condamnés à la vie de chien Tous les condamnés au chômage Qui voudraient bien être des chiens. Tous ceux qui passent après les autres Tous les abonnés du malheur Les résignés d’ « à qui la faute » Les moins que rien, les sans valeur Les embarqués de ces nuits sales Les massacrés du petit jour Les fleurs de sang d’une rafale Un trou au cœur pour tout amour. Venez camarades en galère Filons-nous un vieux coup de main Mes copains des coups de colère Venez tous inventer demain On va grimper la Butte aux Cailles Pour décrocher un vieux soleil On va retourner la médaille Et rien ne sera plus pareil. Jean Debruynne Extraits d’un recueil inédit « ces canailles de la Butte aux Cailles » Reproduction interdite. LA CONFIANCE La confiance est un oiseau fou Et qui ne sait ni quand ni où Seulement qu’un printemps la frôle La confiance aime pour aimer Vivant surtout les nuits en cendres Se levant l’hiver pour semer Le chagrin nu pour mieux comprendre La confiance est dans l’inconnu Qui soudain découvre un visage N’espérant qu’au printemps venu Comme on guette en vain un message La confiance est un champ étoilé Qui a vaincu les solitudes Un arbre, au tournant, dévoilé Mon chant libre des servitudes La confiance est au fond des yeux, La mer par la fenêtre ouverte, Un chemin qui lève les cieux, En plein hiver la forêt verte La confiance est levée très tôt Elle est née en sortant de l’ombre Ses premiers pas faits aussitôt Dévêtue de ce qui l’encombre La confiance elle a crû en moi Sa Parole toujours en tendresse C’est elle qui croit dans ma foi Une folie est sa promesse. Jean Debruynne 11 août 2003 Poème inédit - reproduction interdite
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| Dernière mise à jour : ( 06-04-2009 ) |