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Déjà la rue Buot dormait la nuit ouvrait ses bras de veuve les pluies descendaient comme un fleuve au beau milieu du mois de mai Visage de femme enfoncé sous un chapeau tout gris de cendres l'homme avançait des gestes tendres des mots à peine prononcés Mais la femme, elle, se noyait les yeux pris sous le silence les mains sombrées dans la violence et ses mots perdus qui criaient Elle était jeune, irrémédiable et laissait tomber son regard au caniveau des nulle part dans cette pluie inguérissable la rue devenue frontière la pluie qui creusait des tombeaux l'homme qui était jeune et beau traînant son cœur au cimetière Elle, ne voulait plus entendre son visage était pleur et pluie le dos de sa main qui l'essuie elle en a assez de comprendre Lui, est tout seul sur le quai avec cette pluie qui l'encombre ses rêves en tas dans les décombres la rue Buot au mois de mai. TOI LE BOUGNAT Toi le Bougnat des cinq diamants Bougnat de charbon et de vin tu en écrirais des romans sans besoin d'être un écrivain Tous ces regards perdus trop loin tous ces mots, faux semblants qui tremblent et tous ces rires en coups de poings et tous ces jours qui se ressemblent Toi le Bougnat des cinq diamants confident de la confidence tu sais la mort et les amants tu sais l'amour et la vengeance tous ces beaux ciels cassés en miettes tous ces amours à leur hiver ces rêves au désir qui s'émiette tous ces demains déjà hier Toi le Bougnat de ton comptoir tu connais bien nos messes basses tous les bruits du fond des couloirs nos malheurs et nos fonds d'impasse les traits tirés des mauvais jours les maladies et les angoisses le vieillard mort au fond des cours les pauvres destins qui se froissent Toi le Bougnat, sers nous à boire ce soir quand tu feras ta caisse comptant tes sous et nos pourboires n'oublie pas toutes nos confesses Tu en écrirais des romans sans besoin d'être un écrivain Toi le Bougnat des cinq diamants bouquet de charbon et de vin. Jean Debruynne 20 décembre 2001 Reproduction et représentation interdites sauf accord de l'auteur |